Stratégie Wheel : générer un revenu avec des puts et des calls
La stratégie Wheel :
se faire payer pour acheter
et vendre des actions
Cash-secured put puis covered call. Un cycle simple, répété indéfiniment, qui génère des primes régulières tout en réduisant mécaniquement ta base de coût. Ma méthode expliquée de A à Z avec des exemples réels.
L’idée centrale : être payé deux fois
La plupart des investisseurs achètent des actions et attendent que le cours monte pour gagner de l’argent. La stratégie Wheel fait quelque chose de fondamentalement différent : elle génère des revenus que le cours monte, baisse ou ne bouge pas, en vendant du temps et de la volatilité à des acheteurs d’options.
Le principe est simple. Tu identifies une action que tu voudrais posséder à un certain prix. Plutôt que de passer un ordre d’achat limite et d’attendre en touchant rien, tu vends un put : tu encaisses une prime immédiatement et tu t’engages à acheter les actions si elles descendent à ton prix. Si elles n’y descendent pas, tu gardes la prime et tu recommences. Si tu achètes les actions, tu vends alors un call couvert et tu encaisses une nouvelle prime. Le cycle tourne comme une roue, d’où le nom.
par cycle de 30 jours
dans des conditions favorables
toujours multiplier par 100
Pourquoi ça marche : le theta joue pour toi
Rappel du guide précédent : le theta mesure la perte de valeur d’une option avec le passage du temps. Chaque jour, une option perd une partie de sa valeur temps, que le cours bouge ou non. En tant qu’acheteur d’options, le theta te détruit. En tant que vendeur (comme dans la Wheel), le theta travaille pour toi : la prime que tu as encaissée se déprécie chaque jour, ce qui augmente mécaniquement ton profit. Tu gagnes de l’argent avec le temps qui passe.
Le cycle complet en 3 phases
Exemple complet chiffré : Apple à 200$
Voici un cycle complet de la Wheel sur Apple, avec les chiffres réels qui illustrent chaque décision.
Comment choisir ses sous-jacents : la règle d’or
C’est la décision la plus importante de toute la stratégie, et de loin. La Wheel ne fonctionne que sur des actions et ETF dont tu acceptes vraiment d’être actionnaire à long terme, y compris si elles baissent de 30 ou 40%. Si tu n’acceptes pas ce scénario, ne vends jamais de put dessus. Jamais.
| Critère | Ce que je cherche | Ce que j’évite |
|---|---|---|
| Qualité fondamentale | Leader de secteur, bilan solide, dividende stable, entreprise que tu comprends | Biotechs pré-revenue, penny stocks, entreprises avec dettes excessives |
| Liquidité des options | Open interest supérieur à 1 000 contrats, spread bid/ask inférieur à 0,15$ | Options peu liquides, spread large qui grignote immédiatement la prime |
| Volatilité implicite (IV) | IV dans le tiers supérieur de son range sur 52 semaines (IV Rank supérieur à 30) | IV très basse (primes dérisoires), IV extrême avant des résultats trimestriels |
| Résultats trimestriels (Earnings) | Expiration de l’option avant la date de publication des résultats | Vendre des options qui expirent juste après les earnings (risque de gap violent) |
| Strike du put | Delta entre 0,20 et 0,30 : OTM, probabilité d’assignation de 20 à 30% | Delta supérieur à 0,40 : trop proche de la monnaie, risque d’assignation élevé |
| Échéance cible | 21 à 45 jours : zone où le theta decay est le plus intense et favorable au vendeur | Moins de 7 jours (gamma risque) ou plus de 60 jours (trop de capital immobilisé) |
| Taille de position | Maximum 20 à 25% du capital total sur un seul sous-jacent | Concentrer toute la stratégie sur un ou deux titres |
« Est-ce que je serais heureux de posséder ces 100 actions au strike, même si elles baissent encore de 20% après l’assignation, et de les garder des mois en vendant des covered calls pendant que j’attends le rebond ? » Si la réponse est non, je passe à autre chose. »
Le covered call : comment optimiser la phase 2
Une fois assigné sur ton put, tu possèdes les actions. L’objectif est maintenant de vendre des covered calls de façon optimale pour maximiser les primes encaissées tout en laissant suffisamment de place au cours pour remonter.
| Situation | Strike du covered call | Logique |
|---|---|---|
| Action sous ta base de coût | Strike proche de ta base de coût ou légèrement au-dessus | Priorité : réduire la perte latente. Tu acceptes de vendre à perte réduite ou à l’équilibre si le cours remonte. |
| Action proche de ta base de coût | Strike 5 à 10% au-dessus du cours actuel (delta 0,25 à 0,30) | Équilibre prime/upside. Tu encaisses une prime correcte en laissant l’action monter un peu. |
| Action nettement au-dessus de ta base | Strike plus éloigné (delta 0,15 à 0,20) | L’action est profitable. Tu vends un call éloigné pour encaisser une prime plus petite mais laisser courir le profit. |
| Action très loin sous ta base | Strike autour du cours actuel (delta 0,40 à 0,50) | Priorité : encaisser le maximum de prime pour réduire au plus vite ta base effective. |
⚠️ Le piège du covered call trop proche : si tu vends un call avec un strike trop bas par rapport au cours actuel et que l’action monte fortement, tes actions sont rappelées à un prix inférieur au marché. Tu perds l’upside. Pour ne pas te retrouver à vendre 100 actions Apple à 190$ alors qu’elles valent 230$, garde toujours un strike suffisamment au-dessus du cours pour laisser de la marge. Le covered call plafonne ton profit, c’est son seul vrai inconvénient.
Le rolling : gérer les positions difficiles
Le rolling consiste à fermer une option avant son expiration et à en ouvrir une nouvelle avec un strike différent ou une échéance plus lointaine, en encaissant généralement une prime nette au passage. C’est l’outil de gestion essentiel quand une position se retourne contre toi.
Avantages et risques réels
- Revenus réguliers indépendants de la direction exacte du marché
- Réduction mécanique de la base de coût à chaque prime encaissée
- Triple source de revenu : prime put + prime call + plus-value entre les deux
- Le theta travaille pour toi chaque jour même si l’action ne bouge pas
- Psychologiquement plus gérable que la spéculation directionnelle pure
- Fonctionne dans des marchés latéraux ou légèrement haussiers
- L’assignation est un scénario planifié, pas une surprise
- Possibilité de toucher les dividendes si tu es assigné avant la date de détachement
- En cas de krach violent sur le sous-jacent, les primes ne compensent pas la perte
- Le covered call plafonne le profit si l’action s’envole très fort
- Capital important immobilisé par sous-jacent (18 500$ pour Apple à 185$)
- Nécessite un suivi actif : ce n’est pas une stratégie passive
- Chaque prime encaissée est un événement fiscal immédiat en CTO (flat tax 31,4%)
- Risque d’être coincé longtemps sur un titre qui ne remonte pas
- Uniquement disponible en CTO chez un courtier comme IBKR, pas en PEA
🚨 Le scénario catastrophe à ne jamais oublier : tu vends un put sur une action à 100$, strike 90$. La société annonce un scandale comptable. L’action chute à 25$. Tu es assigné à 90$ sur une action qui vaut 25$. Ta perte latente est de 65$ par action soit 6 500$ sur un contrat. Les covered calls que tu vendras à 30$ de strike ne suffiront pas à rembourser cette perte avant des années. La protection ultime contre ce scénario est simple : ne jamais vendre un put sur une entreprise dont tu ne voudrais pas être actionnaire à long terme, même si elle s’effondre de moitié.
Par où commencer concrètement
Si tu veux mettre la Wheel en pratique, voici les étapes dans l’ordre chronologique. Résiste à l’envie de sauter des étapes.
Étape 1 : Paper trading pendant 2 mois minimum. IBKR propose un compte de simulation (paper trading) qui réplique exactement les marchés réels avec des euros fictifs. Pratique le cycle complet sur 2 ou 3 sous-jacents pendant 2 mois avant de risquer un seul euro réel. Tu y découvriras les mécanismes d’expiration, d’assignation et de roll dans un environnement sans risque.
Étape 2 : Choisir un premier sous-jacent simple et liquide. Pour débuter, les meilleurs candidats sont les grandes actions américaines très liquides avec des options très actives : Apple (AAPL), Microsoft (MSFT), Amazon (AMZN), ou des ETF comme SPY (S&P 500) ou QQQ (Nasdaq 100). Ces sous-jacents ont des options liquides avec des spreads étroits et une abondante documentation.
Étape 3 : Commencer avec un seul contrat. Un seul contrat. Pas cinq. Pas dix. Un. Le capital immobilisé sur un put Apple à 185$ de strike est déjà de 18 500$. Apprends le processus sur un contrat avant de scaler. L’objectif des premiers mois n’est pas le profit, c’est la maîtrise du cycle.
Étape 4 : Utiliser IBKR. C’est le courtier de référence pour les options en Europe. Frais à 0,65 USD par contrat, option chain complète, paper trading intégré, toutes les échéances disponibles. Pour plus de détails, voir mon avis complet sur Interactive Brokers.







