Le short selling ou parier sur la baisse
Le short selling
Vendre ce qu’on ne possède pas pour racheter moins cher. Une stratégie légale, controversée, et la seule en bourse où les pertes n’ont théoriquement aucune limite.
C’est quoi le short selling ?
Le short selling, ou vente à découvert, est une stratégie qui consiste à parier sur la baisse du cours d’une action. Contrairement à l’investissement classique où tu achètes d’abord et vends ensuite, tu vends d’abord, puis tu rachètes après.
Le problème, c’est que tu ne possèdes pas les actions que tu vends. Tu dois donc les emprunter auprès de ton courtier avant de les vendre. C’est cet emprunt qui rend la stratégie à la fois possible et dangereuse.
Un rôle utile sur les marchés : la vente à découvert n’est pas que de la spéculation. Elle contribue à la découverte des prix, limite les bulles spéculatives en freinant les hausses excessives, et permet aux investisseurs de se couvrir contre les risques de baisse. Des vendeurs à découvert ont été les premiers à révéler des fraudes comptables sur des sociétés cotées, bien avant les régulateurs.
Le mécanisme en 4 étapes
Voici comment fonctionne concrètement une opération de short selling, de l’emprunt au remboursement.
Tu empruntes les actions
Tu demandes à ton courtier de t’emprunter des actions d’une société. Il les trouve auprès de clients qui acceptent de les prêter contre une rémunération. Tu paies des frais d’emprunt quotidiens, qui s’accumulent tant que ta position est ouverte.
Tu vends immédiatement
Tu vends les actions empruntées sur le marché au prix actuel. L’argent entre sur ton compte mais reste bloqué comme garantie. Tu dois également déposer une marge de sécurité auprès du courtier.
Tu attends la baisse
Si tu as raison et que le cours baisse, tu peux racheter les actions moins cher qu’au moment de la vente. Si tu as tort et que le cours monte, chaque euro de hausse se traduit par une perte sur ta position.
Tu rends les actions et encaisses la différence
Tu rachètes les actions sur le marché et les rends au courtier. La différence entre le prix de vente initial et le prix de rachat, moins les frais d’emprunt et de courtage, constitue ton gain ou ta perte.
Tu empruntes et vends 100 actions à 50€ chacune : tu encaisses 5 000€. Le cours tombe à 30€. Tu rachètes les 100 actions pour 3 000€ et les rends. Ton gain brut est de 2 000€, avant frais. Si à l’inverse le cours monte à 80€, tu dois racheter pour 8 000€ : tu perds 3 000€ sur cette position.
Toutes les manières de shorter en bourse
Tu as plusieurs façons de parier à la baisse :
1. Short selling classique sur actions
Tu empruntes les actions via ton courtier (souvent via le SRD), tu les vends, puis tu les rachètes plus tard.
2. ETF inverses (bear ETF) – y compris dans le PEA
Tu peux shorter indirectement **dans ton PEA** en achetant des ETF inverses éligibles, comme l’Amundi CAC 40 Daily (-1x) Inverse UCITS ETF. Ces ETF visent à reproduire l’inverse de la performance quotidienne de l’indice. Si l’indice baisse, l’ETF monte (sur une base journalière). Attention : sur plusieurs jours, le rééquilibrage crée un effet de decay.
3. Futures (contrats à terme)
Tu vends un contrat future sur indice. Avec une petite marge tu contrôles une grosse exposition. → Voir : Trader les indices comme un pro – Les contrats à terme (futures)
4. Warrants put
Tu achètes un warrant put. Fort effet de levier, perte limitée à la prime, mais avec decay temporel. → Voir : Warrant bourse : définition, call/put et effet de levier
⚠️ Attention au danger des leviers : futures, warrants et ETF inverses amplifient les pertes. Lis cet article : Le Ritz ou la rue : le danger des leviers.
L’asymétrie fondamentale du short
C’est le point le plus important à comprendre avant d’envisager cette stratégie. Quand tu achètes une action, ta perte est limitée : au pire, l’action tombe à zéro et tu perds 100% de ta mise. Quand tu shortes, ta perte n’a pas de limite : une action peut théoriquement monter indéfiniment.
« À la hausse, le pire qui puisse arriver c’est de tout perdre. À la baisse, il n’y a pas de limite. Le short, c’est le seul pari où tu peux perdre bien plus que ta mise initiale. »
Le short squeeze : quand le short tourne au désastre
Le short squeeze est le cauchemar de tout vendeur à découvert. Il se déclenche quand une action fortement shortée commence à monter au lieu de baisser. Les vendeurs à découvert, dont les pertes s’accumulent, sont forcés de racheter pour limiter la casse. Ces rachats massifs font monter encore le cours, ce qui oblige d’autres shorts à se couvrir, déclenchant une réaction en chaîne qui peut propulser l’action à des niveaux absurdes en quelques heures.
GameStop, janvier 2021 : le short squeeze du siècle
L’affaire GameStop est l’exemple le plus spectaculaire de short squeeze de l’histoire récente. Voici ce qui s’est passé.
⚠️ Ce n’est pas un phénomène unique : Volkswagen en 2008 a connu un short squeeze encore plus violent lors du corner de Porsche. En deux jours, l’action est passée de 210€ à plus de 1 000€.
Graphique : la perte potentielle vs le gain plafonné
Comment se protéger si on shorte
Pour les investisseurs expérimentés qui pratiquent quand même le short selling, plusieurs mécanismes permettent de limiter l’exposition au risque.
| Protection | Comment ça fonctionne | Limite |
|---|---|---|
| Stop-loss | Ordre de rachat automatique si le cours dépasse un seuil défini à l’avance | En cas de gap haussier brutal, le stop peut s’exécuter bien au-delà du seuil |
| Taille de position réduite | Ne shorter qu’un petit pourcentage de son capital sur chaque trade | Réduit les gains potentiels en même temps que le risque |
| Surveiller le short interest | Éviter les actions déjà très shortées (risque de short squeeze élevé) | L’information est publiée avec un décalage |
| Protection contre solde négatif | Certains courtiers garantissent que la perte ne dépassera pas le capital déposé | Non disponible sur tous les courtiers ni tous les produits |
| Utiliser des puts ou ETF inverses | Les options put ou ETF inverses permettent de parier à la baisse avec une perte limitée | Plus complexe et avec decay sur plusieurs jours |
Le short selling est-il légal en France ?
Oui, la vente à découvert est légale en France et dans toute l’Union Européenne, mais elle est encadrée. L’AMF et l’ESMA peuvent interdire temporairement les positions short en cas de crise. Tu peux shorter via le SRD, les futures, les warrants, les CFD… et indirectement via des ETF inverses dans le PEA.
80% des comptes de particuliers perdent de l’argent sur les CFD, produits fréquemment utilisés pour shorter.
Pour aller plus loin
« Le short selling est une stratégie légitime qui joue un rôle réel sur les marchés. Mais pour un investisseur particulier, les probabilités sont défavorables : le temps joue contre toi, les frais s’accumulent, et un seul short squeeze peut effacer des années de gains. À manier avec une extrême prudence. »





